DEPUIS JANVIER 2010 La Bible face à la Science moderne (1/3) - Jésuites/Juifs noachides, Illuminati, Franc-maçons, Satanisme
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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 13:20

Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux le Très Miséricordieux

 

La Bible face à la Science moderne

 

(1/3)

 

Extrait du Livre : « La Bible, le Coran et la science, Les Ecritures saintes examinées à la lumière des connaissances modernes. » DR. MAURICE BUCAILLE

 

Publié pour la première fois en 1976.

Version française étant a sa 15ème édition en 1993

Le Scientifique Français Dr. Maurice Bucaille

La Bible le Coran et la Science

(Mise à jour octobre 2011)

 

 

L'ANCIEN TESTAMENT.

 

APERÇU GÉNÉRAL

 

Qui est l'auteur de l'Ancien Testament ?

 

Combien de lecteurs de l'Ancien Testament à qui cette question serait posée ne donneraient de réponse qu'en répétant ce qu'ils ont lu dans l'Introduction de leur Bible, à savoir que ces livres ont tous Allah pour auteur, bien qu'ils aient été écrits par des hommes inspirés par l'Esprit Saint.

 

Tantôt, l'auteur de la présentation de la Bible se borne à instruire son lecteur à l'aide de cette brève notion qui coupe court à toute interrogation, tantôt il y ajoute un correctif l'avertissant que des détails ont pu, par la suite, avoir été ajoutés par des hommes au texte primitif, mais que, néanmoins, le caractère litigieux d'un passage n'altère pas la « vérité » générale qui en découle. On insiste sur cette «: vérité > dont se porte garant le Magistère de l'Eglise, assisté de l'Esprit Saint, seul susceptible d'éclairer les fidèles sur ces points. L'Eglise n'a-t-elle pas  promulgué, dès les conciles du IVe siècle, la liste des Livres saints, liste qui fut confirmée pour former ce qu'on appelle le Canon par les conciles de Florence (1441), Trente (1546) et Vatican I (1870). Tout récemment, le dernier concile de Vatican II n'a-t-il pas, après tant d'encycliques, publié sur la Révélation un texte de toute première importance, laborieusement mis au point pendant trois ans (1962-1965). L'immense majorité des lecteurs de la Bible trouve ces renseignements réconfortants en tête des éditions modernes, se contente des garanties d'authenticité données au cours des siècles et n'a guère songé qu'on puisse en discuter.

 

Mais, lorsqu'on se réfère à des ouvrages écrits par des religieux, qui ne sont pas destinés à la grande vulgarisation, on s'aperçoit que la question de l'authenticité des livres de la Bible est beaucoup plus complexe qu'on avait pu le penser a priori. Si l'on consulte, par exemple, la publication moderne, en fascicules séparés, de la Bible traduite en français sous la direction de l'Ecole biblique de Jérusalem1, le ton apparaît très différent et l'on se rend compte que l'Ancien Testament, comme le Nouveau, soulève des problèmes dont les auteurs des commentaires n'ont pas caché, pour beaucoup, les éléments qui suscitent la controverse.

 

1. Editions du Cerf, Paris.

 

On trouve également des données très précises dans des études plus condensées et d'une grande objectivité, comme celle du professeur Edmond Jacob : L'Ancien Testament '. Ce livre donne une parfaite vue d'ensemble.

 

Beaucoup ignorent qu'il y avait à l'origine, comme le souligne Edmond Jacob, une pluralité de textes et non un texte unique. Vers le III siècle avant J.-C., il y avait au moins trois formes du texte hébreu de la Bible : le texte massoréthique, celui qui a servi, au moins en partie, à la traduction grecque et le Pentateuque samaritain. Au I" siècle avant J.-C., on tend à l'établissement d'un texte unique, mais il faudra attendre un siècle après J.-C. pour que le texte biblique soit fixé.

 

Si l'on possédait ces trois formes du texte, des comparaisons seraient possibles et l'on arriverait peut-être à se faire une opinion de ce qu'avait pu être l'original, mais le malheur veut qu'on n'en ait pas la moindre idée. Mis à pan des rouleaux de là grotte de Qumran, datant de l'époque préchrétienne proche de Jésus, un papyrus du Décalogue du IIe siècle après J.-C. présentant des variantes avec le texte classique, quelques fragments du V siècle après J.-C. (Géniza du Caire), le texte hébreu le plus ancien de la Bible est du IXe siècle après J.-C.

 

En langue grecque, la Septante serait la première traduction. Datant du IIIe siècle avant J.-C., elle fut entreprise par les juifs d'Alexandrie. C'est sur son texte que s'appuieront les auteurs du Nouveau Testament. Elle fera autorité jusqu'au vu' siècle après J.-C. Les textes grecs de base généralement utilisés dans le monde chrétien sont ceux des manuscrits conservés sous les noms de Codex Vaticanus à la cité du Vatican et de Codex Sinaiticus au

British Muséum de Londres et qui datent du IV siècle après J.-C.

 

En latin, saint Jérôme aurait pu faire un texte à partir de documents hébreux dans les premières années du Ve siècle après J.-C. C'est l'édition appelée plus tard Vulgate en raison de sa diffusion universelle après le VIIe siècle de l'ère chrétienne.

 

Pour mémoire, citons les versions araméennes, syriaques (Peshitta), qui ne sont que partielles.

 

Toutes ces versions ont permis aux spécialistes d'aboutir à la confection de textes qu'on appelle " moyens ", sortes de compromis entre des versions différentes. On établit également des recueils en diverses langues, juxtaposées, donnant côte à côte les versions hébraïques, grecque, latine, syriaque, araméenne et même arabe. Telle est la célèbre Bible de Wallon (Londres, 1657). Pour être complet,

 

Presse» Universitaires de France, coll. "Que suis-je?". Ajoutons qu'entre les diverses Eglises chrétiennes, les conceptions bibliques divergentes font que toutes n'acceptèrent pas exactement les mêmes livres et qu'elles n'eurent pas jusqu'à présent, dans une même langue, les mêmes idées sur la traduction. Œuvre d'unification en cours d'achèvement, la traduction oecuménique de l'Ancien Testament réalisée par de très nombreux experts catholiques et protestants devrait aboutir à un texte de synthèse.

 

Ainsi apparaît considérable la part humaine dans le texte de l'Ancien Testament. On réalise sans peine comment, de version en version, de traduction en traduction, avec toutes les corrections qui en résultent fatalement, le texte original a pu être transformé en plus de deux millénaires.

 

Avant d'être un recueil de Livres, ce fut une tradition populaire qui n'eut d'autre support que la mémoire humaine, agent exclusif à l'origine de la transmission des idées. Cette tradition était chantée.

 

« A un stade élémentaire, écrit E. Jacob, tout peuple chante ; en Israël comme ailleurs, la poésie a précédé la prose. Israël a beaucoup et bien chanté ; amené par les circonstances de son histoire aux sommets de l'enthousiasme aussi bien qu'aux abîmes du désespoir, participant avec intensité à tout ce qui lui arrivait, puisque tout avait à ses yeux un sens, il a donné à son chant une grande variété d'expressions. »

 

On chantait sous les prétextes les plus divers, et E. Jacob en énumère un certain nombre dont les chants accompagnateurs se retrouvent dans l'Ancien Testament : chants des repas, chant de célébration de la fin des récoltes, chants accompagnant le travail comme le célèbre chant du Puits (Nombres, 21, 17), chants de mariage comme ceux du Cantique des cantiques, chants de deuil, chants de guerre extrêmement nombreux dans la Bible, parmi lesquels le Cantique de Déborah (Juges, 5, 1-32) qui exalte la victoire d'Israël voulue par Yahweh au terme d'une guerre sainte que Yahweh mène lui-même (Nombres, 10, 35) : " Quand l'Arche (d'alliance) partait.

 

Moïse disait : " Lève-toi, Yahweh, et que tes ennemis soient dispersés ! Que ceux qui Te haïssent fuient devant

Ta face !" »

 

Ce sont encore les Maximes et les Proverbes (Livre des Proverbes, Proverbes et Maximes des Livres historiques), les paroles de bénédiction et de malédiction, les lois que les Prophètes édictent aux hommes après avoir reçu leur mandat divin.

 

E. Jacob note que ces paroles étaient transmises soit par la voie familiale, soit par le canal des sanctuaires sous forme de narration de l'histoire du peuple élu d'Allah. Celle-ci devint vite fable comme l'Apologue de Jotham

(Juges, 9, 7-21), où « les arbres se mettent en chemin pour oindre leur roi et s'adressent tour à tour à l'olivier, au figuier, à la vigne, au buisson », ce qui permet à E. Jacob d'écrire : "... animée par la fonction fabulatrice la narration ne s'est pas trouvée embarrassée sur des sujets et époques dont l'histoire était mal connue », et de conclure :

" Il est probable que ce que l'Ancien Testament raconte au sujet de Moïse et des patriarches ne correspond qu'assez approximativement au déroulement historique des faits, mais les narrateurs ont su, déjà au stade de la transmission orale, mettre en oeuvre tant de grâce et d'imagination pour relier entre eux des épisodes très divers, qu'ils ont réussi à présenter comme une histoire, somme toute assez vraisemblable pour des esprits critiques, ce

qui s'est passé aux origines du monde et de l'humanité. »

 

Il y a tout lieu de penser qu'après la fixation du peuple juif en Canaan, c'est-à-dire à la fin du XIIIe siècle avant

J.-C., l'écriture est employée pour transmettre et conserver la tradition, mais sans une entière rigueur, même quand il s'agissait de ce qui paraît aux hommes mériter le plus la pérennité, c'est-à-dire les lois. Parmi ces dernières, la loi dont on attribue l'écriture même à la main d'Allah, le Décalogue, st transmise dans l'Ancien

Testament selon deux versions ; Exode (20, 1-21) et Deutéronome (5, 1-30). L'esprit est le même, mais les variations sont patentes. On a le souci de fixer une documentation importante: contrats, lettres, listes de personnes (juges, hauts fonctionnaires des villes, listes généalogiques), listes d'offrandes, listes de butin. Ainsi furent constituées des archives qui apportèrent une documentation lors de la rédaction ultérieure des oeuvres définitives qui aboutirent aux livres que nous possédons. Ainsi, dans chaque livre, des genres littéraires divers sont mélangés : aux spécialistes de rechercher les motifs de cet assemblement de documents hétéroclites.

 

Il est intéressant de rapprocher ce processus de constitution de l'ensemble disparate qu'est l'Ancien Testament, à base initiale de tradition orale, de ce qui put se passer sous d'autres cieux et en d'autres temps lors de la naissance d'une littérature primitive.

 

Prenons, par exemple, la naissance de la littérature française à l'époque du royaume des Francs. La même tradition orale préside au début à la conservation des hauts faits : guerres qui sont souvent des guerres de défense de la chrétienté, drames divers dans lesquels s'illustrent des héros dont, des siècles plus tard, vont s'inspirer trouvères, chroniqueurs, auteurs de "cycles" divers. Ainsi naîtront, à partir du XIe siècle de l'ère chrétienne, ces chansons de geste où le réel se mêle à la légende et qui vont constituer le premier monument d'une épopée.

Célèbre entre toutes est la Chanson de Roland, chant romancé d'un haut fait d'armes dans lequel s'illustre Roland, commandant l'arrière-garde de l'empereur Charlemagne au retour d'une expédition espagnole. Le sacrifice de Roland n'est pas un épisode inventé pour les besoins du récit. On le situe le 15 août 778 ; il s'agissait, en fait, d'une attaque par des montagnards basques. L'oeuvre littéraire n'est pas ici que légendaire ; elle a une base historique, mais elle ne saurait être prise à la lettre par les historiens.

 

Le parallèle fait entre la naissance de la Bible et une telle littérature profane semble correspondre très exactement

à la réalité. Il ne vise nullement à rejeter dans son ensemble, comme le font tant de négateurs systématiques de l'idée d'Allah, le texte biblique possédé aujourd'hui par les hommes au magasin des collections mythologiques.

On peut parfaitement croire en la réalité de la création, en la remise par Allah à Moïse de commandements, en l'intervention divine dans les affaires humaines, au temps du roi Salomon par exemple, on peut penser que l'essence de ces faits nous est rapportée, tout en considérant que le détail des descriptions doit être soumis à une critique rigoureuse, tant sont grandes les participations humaines dans la mise par écrit des traditions orales originales.

 

LES LIVRES DE L'ANCIEN TESTAMENT

 

L'Ancien Testament est une collection d'ouvrages de longueur très inégale et de genres divers, écrits pendant plus de neuf siècles en plusieurs langues, à partir de traditions orales. Beaucoup de ces ouvrages ont été corrigés et complétés, en fonction des événements ou en fonction de nécessités particulières, à des époques parfois très éloignées les unes des autres.

 

Il est vraisemblable que l'éclosion de cette abondante littérature s'est située au début de la monarchie Israélite, vers le XIe siècle avant J.-C., à l'époque où apparaît dans l'entourage royal le corps des scribes, personnages cultivés dont le rôle ne se limite pas à l'écriture. De cette époque peuvent dater les premiers écrits très partiels cités dans le chapitre précédent, écrits qu'il y avait un intérêt particulier à fixer par l'écriture : certains des chants qui ont été cités plus haut, les oracles prophétiques de Jacob et de Moïse, le Décalogue et, plus généralement, les textes législatifs qui, avant la formation d'un droit, établissaient une tradition religieuse. Tous ces textes constituent des morceaux dispersés ça et là dans divers recueils de l'Ancien Testament.

 

C'est un peu plus tard, peut-être au cours du Xe siècle avant J.-C. qu'aurait été rédigé le texte dit « yahviste ' » du Pentateuque qui va former l'ossature des cinq premiers livres dits de Moïse. Plus tard, on ajoutera à ce texte la version dite "élohiste2 " et la version dite "sacerdotale3". Le texte yahviste initial traite de la période des origines du monde jusqu'à la mort de Jacob. Il émane du royaume du Sud (Juda).

 

A la fin du IXe siècle et au milieu du VIIIe siècle avant J.-C., dans le royaume du Nord (Israël), s'élabore et se répand l'influence prophétique avec Elie et Elisée dont nous possédons les livres. C'est aussi l'époque du texte élohiste du Pentateuque qui couvre une période beaucoup plus restreinte que le yahviste car il se limite aux faits concernant Abraham, Jacob et Joseph. Les livres de Josué et des Juges datent de cette période.

 

1. Ainsi appelé parce que Allah y est nomme Yahvé.

2. Ainsi appelé parce que Allah y est nomme Elohim,

3. Elle provient des prêtres du temple de Jérusalem.

Le VIIIe siècle avant J.-C. est celui des prophètes écrivains : Amos et Osée en Israël, Isaïe et Michée dans le royaume de Juda.

 

En 721 avant J.-C., la prise de Samarie met fin au royaume d'Israël. Le royaume de Juda reçoit son héritage religieux. Le recueil des Proverbes daterait de cette période, marquée surtout par la fusion en un seul livre des textes yahviste et élohiste du Pentateuque ; ainsi est constituée la Torah. La rédaction du Deutéronome se situerait à cette époque.

 

Le règne de Josias, dans la seconde partie du VIIe siècle avant J.-C. coïncidera avec les débuts du prophète

Jérémie, mais l'oeuvre de ce dernier ne prendra forme définitive qu'un siècle plus tard.

 

Avant la première déportation à Babylone de 598 avant J.-C. se placent la prédication de Sophonie, celle de

Nahum et celle de Habacuc. Au cours de cette première déportation, Ezéchiel prophétise déjà. Puis ce sera la chute de Jérusalem en 587 avant J.-C., qui marquera le début de la deuxième déportation, celle-ci se prolongeant jusqu'en 538 avant J.-C.

 

Le livre d'Ezéchiel, dernier grand prophète et prophète de l'exil, ne sera rédigé dans sa forme actuelle qu'après sa mort par les scribes qui seront ses héritiers spirituels. Ces mêmes scribes reprendront en une troisième version, dite « sacerdotale », la Genèse pour la partie s'étendant de la Création à la mort de Jacob. Ainsi vont être insérés, à l'intérieur même des deux textes yahviste et élohiste de la Torah, un troisième texte dont on verra plus loin un aspect de ses intrications dans les livres rédigés approximativement quatre et deux siècles plus tôt. A cette époque apparaît le livre des Lamentations.

 

Sur ordre de Cyrus, la déportation à Babylone se termine en 538 avant J.-C., les Juifs regagnent la Palestine et le temple de Jérusalem est reconstruit. Une activité prophétique reprend, d'où les livres d'Aggée, de Zacharie, du troisième Isaïe, de Malachie, de Daniel et de Baruch (celui-ci écrit en grec).

 

La période qui suit la déportation est aussi celle des livres de Sagesse : les Proverbes sont rédigés définitivement vers 480 avant J.-C., le livre de Job au milieu du V siècle avant J.-C. L'Ecclésiaste ou Qohêlet date du IIIe siècle avant J.-C., qui est aussi celui du Cantique des cantiques, des deux livres des Chroniques, de ceux d'Esdras et de

Néhémie ; l'Ecclésiastique ou Siracide apparaît au n* siècle avant J.-C. ; le livre de la Sagesse de Salomon et les deux livres des Maccabées sont rédigés un siècle avant J.-C. Les livres de Ruth, d'Esther et de Jonas sont difficilement datables, comme les livres de Tobie et de Judith. Toutes ces indications sont fournies sous réserve de remaniements ultérieurs, car ce n'est qu'un siècle environ avant J.-C. que l'on a donné aux écrits de l'Ancien

Testament une première forme qui, pour beaucoup, ne deviendra définitive qu'au Ier siècle apr. J.-C.

 

Ainsi, l'Ancien Testament apparaît comme un monument de la littérature du peuple juif des origines jusqu'à l'ère chrétienne. Les livres qui le composent ont été rédigés, complétés, révisés entre le X* et le Ier siècle avant J.-C. Ce n'est nullement un point de vue personnel qui est donné ici sur l'histoire de leur rédaction. Les données essentielles de cet aperçu historique ont été empruntées à l'article « Bible » écrit pour l'Encyclopedia Universalis ' par J. P. Sandroz, professeur aux Facultés dominicaines du Saulchoir. Pour comprendre ce qu'est l'Ancien Testament, il faut avoir en mémoire ces notions parfaitement établies de nos jours par des spécialistes hautement qualifiés.

 

Une Révélation est mêlée à tous ces écrits, mais nous ne possédons aujourd'hui que ce qu'ont bien voulu nous laisser les hommes qui ont manipulé les textes à leur guise en fonction des circonstances dans lesquelles ils se trouvaient et des nécessités auxquelles ils avaient à faire face.

 

Quand on compare ces données objectives à celles relevées dans les Préliminaires de Bibles diverses destinées de nos jours à la vulgarisation, on se rend compte que les faits y sont présentés d'une manière toute différente.

On passe sous silence des faits fondamentaux relatifs à la rédaction des livres, des équivoques sont entretenues qui égarent le lecteur, des faits sont minimisés au point de donner une idée fausse de la réalité. Bien des Préliminaires ou Introductions des Bibles travestissent ainsi la vérité. Des livres entiers sont-ils remaniés à plusieurs reprises (comme le Pentateuque), on se contente de mentionner que des détails ont pu être rajoutés après coup. On introduit une discussion à propos d'un passage insignifiant d'un livre, mais on passe sous silence des faits cruciaux qui mériteraient de longs développements. Il est affligeant de voir entretenues pour la vulgarisation des notions aussi inexactes sur la Bible.

 

La Torah ou Pentateuque

 

Torah est le nom sémitique.

 

L'expression grecque qui, en français, a donné « Pentateuque » désigne une oeuvre en cinq parties : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome qui vont former les cinq premiers éléments du recueil des trente-neuf volumes de l'Ancien Testament.

 

Ce groupe de textes traite des origines du monde jusqu'à l'entrée du peuple juif en Canaan, terre promise après l'exil en Egypte, très exactement jusqu'à la mort de Moïse. Mais la narration de ces faits sert de cadre général à l'exposé des dispositions concernant la vie religieuse et la vie sociale du peuple juif, d'où le nom de Loi ou

Torah.

 

Le judaïsme et le christianisme ont, pendant de longs siècles, consi-

 

Ed. 1974, vol. 3. p. 246-253. d

 

déré que l'auteur en était Moïse lui-même. Peut-être s'est-on fondé pour l'affirmer sur le fait que Allah ait dit à Moïse (Exode, 17, 14) : " Ecris cela [la défaite d'Amaleq] en mémorial dans le Livre" ou encore, à propos de l'Exode depuis l'Egypte, que " Moïse mît par écrit les lieux d'où ils partirent » (Nombres, 33, 2), ou bien que « Moïse écrivît cette loi... » (Deutéronome, 31, 9). A partir du Ier siècle avant J.-C., on défend la thèse selon laquelle tout le Pentateuque a été écrit par Moïse ; Flavius Josèphe, Philon d'Alexandrie la soutiennent.

 

Aujourd'hui, cette thèse est absolument abandonnée, tout le monde est d'accord sur ce point, mais il n'empêche que le Nouveau Testament attribue à Moïse cette paternité. En effet, Paul, dans l'Epître aux Romains (10, 5), citant une phrase du Lévitique affirme : à Moïse lui-même écrit de la justice qui vient de la loi... », etc. Jean, dans son Evangile (5, 46-47), fait dire à Jésus cette phrase ; « Si vous aviez vu Moïse, vous croiriez en moi, car c'est à mon sujet qu'il a écrit. Si vous ne croyez pas ce qu'il a écrit, comment croiriez-vous ce que je dis ?» Il s'agit bien ici d'une rédaction, le mot grec correspondant au texte original (écrit en cette langue) est « episteute ».

 

Or, il s'agit là d'une affirmation totalement fausse mise par l'Evangéliste dans la bouche de Jésus : ce qui va suivre le démontre.

 

J'emprunte les éléments de cette démonstration au R. P. de Vaux, directeur de l'Ecole biblique de Jérusalem, qui a fait précéder sa traduction de la Genèse de 1962 d'une Introduction générale au Pentateuque contenant de très précieux arguments allant à l'encontre des affirmations évangéliques sur la paternité de l'oeuvre en question. Le R. P. de Vaux rappelle que « la tradition juive, à laquelle se conformèrent le Christ et les Apôtres » fut acceptée jusqu'à la fin du Moyen Age, Aben Esra ayant été au XIIe siècle le seul contestataire de cette thèse. C'est au XVIe siècle que Caristadt fait remarquer que Moïse n'a pas pu écrire le récit de sa propre mort dans Deutéronome (34, 5-12). L'auteur cite ensuite d'autres critiques qui refusent à Moïse au moins une partie du Pentateuque, et surtout l'ouvrage de Richard Simon, de l'Oratoire, Histoire critique du Vieux Testament (1678). qui souligne les difficultés chronologiques, les répétitions, les désordres des récits et des différences de style dans le Pentateuque. Le livre fit scandale ; on ne suivit guère l'argumentation de R. Simon : dans des livres d'histoire du début du xviir» siècle, les références à la haute antiquité procèdent très souvent de " ce que Moïse avait écrit ". On imagine combien il était difficile de combattre une légende forte de l'appui que Jésus lui-même lui aurait apportée dans le Nouveau Testament, comme nous l'avons vu. On doit à Jean Astruc, médecin de Louis XV, d'avoir fourni l'argument décisif.

 

En publiant en 1753 ses Conjonctures sur les Mémoires originaux dont il paraît que Moise s'est servi pour composer le livre de la Genèse, il mit l'accent sur la pluralité des sources. Il ne fut sans doute pas le premier à en avoir fait la remarque, mais en tout cas il eut le courage de rendre publique une constatation primordiale : deux textes marqués chacun d'une particularité d'appellation d'Allah par Yahvé et Elohim étaient côte à côte présents dans la Genèse ; cette dernière contenait donc deux textes juxtaposés. Eichhorn (1780-1783) fit la même découverte pour les quatre autres livres, puis Ilgen (1798) s'aperçut qu'un des deux textes individualisés par Astruc, celui où Allah est appelé Elohim, devait être lui-même scindé en deux. Le Pentateuque éclatait littéralement.

 

Le XIXe siècle s'employa à une recherche encore plus minutieuse des sources. En 1854, quatre sources sont admises. On leur donne les noms de : document yahviste. document élohiste, deutéronome, Code sacerdotal. On réussit à leur attribuer des âges :

 

1. Le document yahviste est situé au IX" siècle avant J.-C. (rédigé en pays de Juda) ;

2. Le document élohiste serait un peu plus récent (rédigé en Israël) ;

3. Le Deutéronome est du VIIIe siècle avant J.-C. pour les uns (E. Jacob), de l'époque de Josias (VIIe siècle avant J.-C.) pour d'autres (R. P. de Vaux) 4. Le Code sacerdotal est de l'époque de l'exil ou d'après l'exil : VIe siècle avant J.-C.

 

Ainsi l'arrangement du texte du Pentateuque s'étale sur au moins trois siècles.

 

Mais le problème est encore plus complexe. En 1941, A. Lods distingue trois sources dans le document yahviste, quatre dans l'élohiste, six dans le Deutéronome, neuf dans le Code sacerdotal, « sans compter, écrit le R. P. de

Vaux, les additions réparties entre huit rédacteurs. » A une date plus récente, on en vient à penser que « beaucoup des constitutions ou des lois du Pentateuque avaient des parallèles extra-bibliques très antérieures aux dates qu'on attribuerait aux documents » et que « nombre de récits du Pentateuque supposaient un milieu autre — et plus ancien — que celui d'où seraient sortis ces documents », ce qui amène à s'intéresser à la < formation des traditions ». Le problème apparaît alors d'une complexité telle que plus personne ne s'y reconnaît.

La multiplicité des sources entraîne des discordances et des répétitions nombreuses. Le R. P. de Vaux donne des exemples de ces imbrications de traditions diverses concernant la création, les descendants de Caïn, le déluge, l'enlèvement de Joseph, ses aventures en Egypte, des discordances de noms intéressant un même personnage, des présentations différentes d'événements importants.

 

Ainsi le Pentateuque apparaît formé de traditions diverses réunies plus ou moins adroitement par des rédacteurs, ayant tantôt juxtaposé leurs compilations, tantôt transforme les récits dans un but de synthèse, mais en laissant cependant apparaître les invraisemblances et les discordances qui ont conduit les modernes à la recherche objective des sources.

 

Sur le plan de la critique textuelle, le Pentateuque offre l'exemple sans doute le plus évident des remaniements effectués par les hommes, à différentes périodes de l'histoire du peuple juif, des traditions orales et des textes reçus des générations passées. Ayant commencé au x" ou au IXe siècle avant J.-C. avec la tradition yahviste qui prend le récit à partir des origines, celui-ci ne fait qu'ébaucher la destinée particulière d'Israël, comme l'écrit le R.

 

P. de Vaux, pour la « replacer dans le grand dessein d'Allah concernant l'humanité ». Il finit au VIe siècle avant J.-C. par la tradition sacerdotale soucieuse de précision par la mention de dates et de généalogies 1. « Les rares récits que cette tradition a en propre, écrit le R. P. de Vaux, témoignent de ses préoccupations légalistes : le repos sabbatique à la fin de la création, l'alliance avec Noé, l'alliance avec Abraham et la circoncision, l'achat de la grotte de Makpela, qui donne aux Patriarches un titre foncier en Canaan. » Rappelons que la tradition sacerdotale se situe au retour de la déportation à Babylone et au moment de la réinstallation en

Palestine à partir de 538 avant J.-C. Il y a donc intrication de problèmes religieux et de problèmes de pure politique.

 

Pour la seule Genèse, la fragmentation du Livre en trois sources principales est bien établie : le R. P. de Vaux, dans les commentaires de sa traduction, énumère pour chacune d'elles les passages du texte actuel de la Genèse qui en dépendent. En se fondant sur ces données, on peu définir pour n'importe quel chapitre les apports des diverses sources. Pour ce qui concerne, par exemple, la création, le déluge et la période allant du déluge à

Abraham, qui occupent les onze premiers chapitres de la Genèse, on voit se succéder à tour de rôle dans le récit biblique une portion de texte yahviste et une portion de texte sacerdotal ; le texte élohiste n'est pas présent dans ces onze premiers chapitres. L'imbrication des apports yahviste et sacerdotal apparaît ici en toute clarté. Pour la création et jusqu'à Noé (cinq premiers chapitres), l'ordonnance est simple : un passage yahviste alterne avec un passage sacerdotal du début à la fin du récit. Mais, pour le Déluge et spécialement pour les chapitres 7 et 8, le découpage du texte selon les sources isole des passages très courts allant jusqu'à une seule phrase. Pour un peu plus de cent lignes de texte français, on passe dix-sept fois d'un texte à l'autre : de là les invraisemblances et les contradictions à la lecture du récit actuel. (Voir ci-contre le tableau qui schématise cette répartition des sources.)

 

1. On verra dans le prochain chapitre à quelles erreurs dans le récit, apparaissant après confrontation avec les données modernes de la science, sont conduits les rédacteurs de la version sacerdotale à propos de l'ancienneté de l'homme sur !a terre, la situation dans le temps et le déroulement de la création, les erreurs découlant manifestement des manipulations des textes par les hommes.

 

DÉTAIL DE LA RÉPARTITION DU TEXTE YAHVISTE ET DU TEXTE SACERDOTAL DANS LES CHAPITRES 1 À 11 DE LA GENÈSE

 

Le premier chiffre indique le chapitre.

 

Le deuxième chiffre entre parenthèses indique le numéro des phrases, parfois divisées en deux parties désignées par les lettres a et b.

 

Les lettres : Y désigne le texte yahviste et S désigne le texte sacerdotal.

 

Exemple : la première ligne du tableau signifie :

 

Du chapitre l", phrase 1 au chapitre 2, phrase 4 a, le texte actuel publié dans les Bibles est le texte sacerdotal.

 

Quelle illustration plus claire pourrait-on donner des manipulations par les hommes de l'Ecriture biblique !

 

Les livres historiques

 

On aborde avec eux l'histoire du peuple juif depuis son entrée en Terre promise (que l'on situe le plus vraisemblablement à la fin du XIIIe siècle avant J.-C.) jusqu'à la déportation à Babylone au VIe siècle avant J.-C.

 

L'accent est mis ici sur ce que l'on peut appeler le " fait national ", présenté comme l'accomplissement de la parole divine. Dans le récit, d'ailleurs, on fait bon marché de l'exactitude historique : un livre comme le livre de

Josué obéit avant tout à des motifs théologiques. A ce propos, le professeur E. Jacob souligne la contradiction ouverte entre l'archéologie et les textes à propos des prétendues destructions de Jéricho et de Ay.

 

Le livre des Juges est axé sur la défense du peuple élu contre les ennemis qui l'entouraient et sur l'aide apportée par Allah. Le livre a été plusieurs fois remanié, ce que signale très objectivement le R. P. A. Lefèvre dans les Préliminaires de la Bible de Crampon : les préfaces entremêlées et les appendices en témoignent. L'histoire de Ruth se rattache à ces récits des Juges.

 

Le livre de Samuel et les livres des Rois sont surtout des recueils biographiques intéressant Samuel, Saul, David et Salomon. Leur valeur historique est discutée. E. Jacob y trouve de ce point de vue de nombreuses erreurs, les versions d'un même événement pouvant y être doubles ou triples. Les prophètes Elie, Elisée, Esaïe y ont aussi leur place, mêlant les traits historiques et les légendes. Mais pour d'autres commentateurs, comme le R. P. A.

Lefèvre, "la valeur historique de ces livres est fondamentale".

 

Le premier et le deuxième livre des Chroniques, les livres d'Esdras et de Néhémie auraient un auteur unique, dit le chroniqueur, vivant à la fin du IV siècle avant J.-C. Il reprend toute l'histoire de la création jusqu'à cette époque, ses généalogies n'allant toutefois que jusqu'à David. En fait, il utilise surtout le livre de Samuel et le livre des Rois, « les copie machinalement sans se soucier des inconséquences » (E. Jacob), mais il ajoute aussi bien des faits précis que l'archéologie confirme. Il y a, dans ces ouvrages, le souci d'adapter l'histoire aux nécessités théologiques : l'auteur, écrit E. Jacob, « fait parfois l'histoire à partir de la théologie ». « Ainsi, pour expliquer que le roi Manassé, sacrilège et persécuteur, a eu un règne long et prospère, il postule une conversion de ce roi au cours d'un séjour en Assyrie (Chroniques, 2e livre, 33/11), dont il n'est question dans aucune source biblique ou extra-biblique. » Les livres d'Esdras et de Néhémie ont été extrêmement critiqués parce que pleins

d'obscurités et parce qu'ils concernent une période qui reste elle-même très mal connue, faute de documents extra-bibliques, celle du IVe siècle avant J.-C.

 

On classe parmi les livres historiques les livres de Tobie, de Judith et d'Esther, dans lesquels les libertés les plus grandes sont prises vis-à-vis de l'histoire: changements de noms propres, invention de personnages et d'événements, tout cela dans le meilleur dessein religieux. Ce sont, en fait, des nouvelles à vocation moralisatrice, truffées d'invraisemblances historiques et d'inexactitudes.

 

Tout autres sont les deux livres des Maccabées, qui donnent sur les événements du IIe siècle avant J.-C. une version aussi exacte que possible de l'histoire de cette période et constituent, de ce fait, des témoignages de grande valeur.

 

L'ensemble des livres dits historiques est donc très disparate. L'histoire y est traitée d'une manière aussi bien scientifique que fantaisiste.

 

Les livres prophétiques

 

On isole sous ce nom les prédications de divers prophètes classés dans l'Ancien Testament en dehors des grands premiers prophètes dont l'enseignement est évoqué dans d'autres livres comme Moïse, Samuel, Elie ou Elisée.

 

Les livres prophétiques couvrent la période du VIIIe au IIe siècle avant J.-C.

 

Au VIIIe siècle avant J.-C., ce sont les livres d'Amos, Osée, Isaïe et Michée. Le premier est célèbre par sa condamnation des injustices sociales, le deuxième par celle de la corruption religieuse qui lui vaut d'en souffrir jusque dans sa chair (après avoir dû épouser une prostituée sacrée d'un culte païen), à l'image d'Allah qui souffre de la dégradation de son peuple, mais lui donne toujours son amour. Isaïe est une figure de l'histoire politique : consulté par les rois, il domine les événements ; c'est le Prophète de la Grandeur. A ses oeuvres personnelles

s'ajoute la publication de ses oracles par ses disciples, et ce jusqu'au ni' siècle avant J.-C. : protestations contre les iniquités, crainte du jugement d'Allah, annonce de la libération au temps de l'exil, annonce à une période plus tardive du retour des Juifs en Palestine. Il est certain que dans ces deuxième et troisième Isaïe, le souci prophétique se double d'un souci politique qui apparaît en pleine lumière. La prédication de Michée, qui est le contemporain d'Isaïe, procède des mêmes idées générales.

 

Au VIIe siècle avant J.-C., ce sont Sophonie, Jérémie, Nahum, Habacuc qui s'illustrent dans la prédication. Jérémie finira martyr. Ses oracles furent recueillis par Baruch. Il est peut-être l'auteur des Lamentations.

 

L'exil à Babylone au début du VIe siècle avant J.-C. a donné naissance à une activité prophétique intense dont Ezéchiel est une grande figure au titre de consolateur de ses frères, parmi lesquels il sème l'espérance. Ses visions sont célèbres. Le livre d'Abdias est en relation avec les malheurs de la Jérusalem conquise.

 

Après l'exil, qui finit en 538 avant J.-C., l'activité prophétique reprend avec Aggée et Zacharie pour exhorter à la reconstruction du temple. Celle-ci achevée, ce qui est écrit sous le nom de Malachie comporte des oracles divers de nature spirituelle.

 

Pourquoi le livre de Jonas est-il inclus dans les livres prophétiques puisque l'Ancien Testament ne lui attribue pas de textes à proprement parler ? Jonas est une histoire dont il ressort un fait principal : la nécessaire soumission à la volonté divine.

 

Daniel est une apocalypse « déconcertante » du point de vue historique selon les commentateurs chrétiens, écrite en trois langues (hébreu, araméen et grec). Ce serait une oeuvre du IIe siècle avant J.-C., de l'époque maccabéenne. L'auteur aurait voulu convaincre ses compatriotes du temps de "l'abomination de la désolation" que le temps de la délivrance était proche, pour entretenir leur foi (E. Jacob).

 

Les livres poétiques et de sagesse

 

Ils forment des recueils possédant une indiscutable unité littéraire.

 

Au premier rang de ceux-ci, les Psaumes, qui sont le monument de la poésie hébraïque. Composés par David pour un grand nombre, par des prêtres et des lévites pour d'autres, ils ont pour thème les louanges, les supplications, les méditations. Leur fonction était d'ordre liturgique.

 

Le livre de Job, le livre de sagesse et de piété par excellence, daterait de 400 ou 500 avant J.-C. Les Lamentations sur la chute de Jérusalem, du début du VIe siècle avant J.-C., pourraient avoir Jérémie pour auteur.

 

Il faut encore citer le Cantique des Cantiques, chants allégoriques avant tout sur l'amour divin, le livre des Proverbes, collection de paroles de Salomon et d'autres sages de la cour, l'Ecclésiaste ou Qoheleth dans lequel on débat du bonheur terrestre et de la sagesse.

 

Comment cet assemblage, extrêmement disparate par le contenu, de livres écrits pendant une période de sept siècles au moins, provenant de sources extrêmement variées, qui ont été ensuite amalgamés à l'intérieur d'un même ouvrage, a-t-il pu au fil des siècles parvenir à constituer un tout indissociable et devenir — avec quelques variantes selon les communautés — le livre de la Révélation judéo-chrétienne, le " canon", mot grec auquel le sens d'intangibilité est attaché?

 

L'amalgame ne date pas du christianisme, mais du judaïsme lui-même, avec sans doute une première étape au vu' siècle avant J.-C., les livres postérieurs étant venus s'ajouter aux premiers retenus. Il faut remarquer cependant la place toute privilégiée accordée de tout temps aux cinq premiers livres formant la Torah ou Pentateuque. Les annonces des prophètes (promesse d'un châtiment en fonction des fautes) s'étant accomplies, on n'eut pas de ma] à ajouter leurs textes aux livres précédemment admis. Il en fut de même des promesses d'espérance prodiguées par les mêmes prédicateurs. Au IIe siècle avant J.-C., le « Canon » des prophètes est constitué.

 

Les autres livres comme les Psaumes, en fonction de leur rôle liturgique, furent intégrés avec les autres écrits comme les Lamentations et les écrits de sagesse de Salomon ou de Job.

 

Le christianisme, initialement judéo-christianisme, si bien étudié-on le verra plus loin -— par les auteurs modernes comme le cardinal Daniélou, avant de subir sa transformation sous l'influence de Paul, a très normalement reçu cet héritage de l'Ancien Testament auquel les auteurs des Evangiles se sont si étroitement rattachés. Mais si l'on a fait la " purge " des Evangiles en éliminant les "Apocryphes ", on n'a pas cru devoir effectuer le même tri pour l'Ancien Testament, et l'on a pour ainsi dire tout accepté, tout ou à peu de chose près.

 

Qui osa contester quoi que ce soit concernant cet amalgame disparate jusqu'à la fin du Moyen Age, en Occident tout au moins ? Personne ou presque. De la fin du Moyen Age au début des Temps Modernes, quelques critiques se firent jour ; on l'a vu plus haut, mais les Eglises ont toujours réussi à imposer leur autorité. Une authentique critique textuelle est certes née de nos jours mais, si ses spécialistes ecclésiastiques ont consacre beaucoup de talent à examiner une multitude de points de détail, ils ont jugé préférable de ne pas aller trop de l'avant dans ce qu'ils appellent avec euphémisme des « difficultés ». Ils n'apparaissent guère portés à étudier ces dernières à la lumière des connaissances modernes. Si l'on veut bien faire des parallèles historiques — principalement lorsqu'une certaine concordance apparaît entre eux et les récits bibliques — on ne s'est pas encore engagé dans la voie d'une comparaison franche et approfondie avec des notions scientifiques dont on perçoit qu'elle amènerait à contester la notion jusqu'alors indiscutée de la vérité des Ecritures judéo-chrétiennes.

 

III L'ANCIEN TESTAMENT ET LA SCIENCE MODERNE.

 

CONSTATATIONS

 

Peu de sujets traités dans l'Ancien Testament, comme d'ailleurs dans les Evangiles, donnent lieu à une confrontation avec les données des connaissances modernes. Mais lorsqu'il y a incompatibilité entre le texte biblique et la science, c'est à propos de questions qu'on peut qualifier de majeures.

 

Nous avons déjà vu, dans le chapitre précédent, que l'on retrouvait dans la Bible des erreurs d'ordre historique et nous avons cité certaines de celles-ci relevées par quelques exégètes juifs et chrétiens. Ces derniers ont une tendance toute naturelle à en minimiser l'importance ; ils trouvent tout à fait normal que l'auteur sacré puisse présenter des faits historiques en fonction de la théologie, écrivant donc l'histoire pour les besoins de la cause. On verra plus loin, à propos de l’Evangile de Matthieu, les mêmes libertés prises avec la réalité et les mêmes commentaires ayant pour but de faire admettre comme vrai ce qui est une contre-vérité. Un esprit objectif et logique ne peut être satisfait de cette manière de procéder.

 

Sous l'angle de la logique, on peut relever dans la Bible un nombre considérable de contradictions et d'invraisemblances. L'existence de sources différentes qui ont servi à la confection du récit peut être à l'origine de la narration d'un même fait sous deux présentations; mais il y a plus : les remaniements divers, les additions ultérieures au texte lui-même comme les commentaires rajoutés a posteriori, puis inclus plus tard encore dans le récit lors d'une nouvelle copie, tout cela est bien connu des spécialistes de la critique textuelle et très honnêtement souligné par certains. Pour le seul Pentateuque, par exemple, le R. P. de Vaux a détaillé, dans l'Introduction générale précédant sa traduction de la Genèse (pages 13 et 14), de très nombreuses discordances qu'il ne paraît pas utile de reproduire ici puisque citation sera faite de plusieurs d'entre elles dans cette étude. On en retire l'idée générale qu'il ne faut pas prendre le texte à la lettre.

 

En voici un exemple très caractéristique: Dans Genèse (6, 3), Allah décide, juste avant le Déluge, de limiter désormais la vie de l'homme à cent vingt ans. " Sa vie ne sera que de cent vingt ans », est-il écrit. Or, on note plus loin (Genèse, 11, 10-32) que les dix descendants de Noé ont eu des durées de vie qui vont de 148 à 600 ans (voir le tableau dans lequel est figurée, dans ce chapitre, la descendance de Noé jusqu'à Abraham). La contradiction entre ces deux passages est manifeste. L'explication en est simple. Le premier passage (Genèse, 6,

3) est un texte yahviste qui, comme on l'a vu plus haut, date sans doute du xe siècle avant J.-C. Le deuxième passage de la Genèse (11, 10-32) est un texte beaucoup plus récent (VIe siècle avant J.-C.) de la tradition sacerdotale qui est à l'origine de ces généalogies aussi précises dans l'énumération des durées de vie qu'invraisemblables lorsqu'on les prend en bloc.

 

C'est dans la Genèse qu'existent les incompatibilités les plus évidentes avec la science moderne. Celles-ci concernent trois points essentiels :

 

1) la création du monde, ses étapes ;

 

2) la date de la création du monde et la date de l'apparition de l'homme sur la terre

 

3) le récit du déluge.

 

La création du monde

 

Comme le fait remarquer le R. P. de Vaux, la Genèse « débute par deux récits juxtaposés de la création ». Il faut, du point de vue de l'examen de leur compatibilité avec les données scientifiques, les examiner séparément.

 

PREMIER RECIT DE LA CREATION

 

Le premier récit occupe le chapitre 1" et les tout premiers versets du 2e chapitre. Il est un monument d'inexactitudes du point de vue scientifique. Il faut envisager sa critique alinéa par alinéa. Le texte reproduit ici est celui de la traduction selon l'Ecole biblique de Jérusalem.

 

— Chapitre 1e, versets 1 et 2 :

« Au commencement, Allah créa le ciel et la terre. Or la terre était vague et vide, les ténèbres couvraient l'abîme. L'esprit d'Allah planait sur les eaux. »

 

L'Ancien Testament et la science moderne

 

On peut fort bien admettre qu'au stade où la terre n'avait pas été créée, ce qui va devenir l'univers tel que nous le connaissons était plongé dans les ténèbres, mais mentionner l'existence des eaux à cette période est une allégorie pure et simple. C'est probablement la traduction d'un mythe. On verra, dans la troisième partie de ce livre, que tout permet de penser qu'au stade initial de la formation de l'univers, il existait une masse gazeuse ; y placer l'eau est une erreur.

 

— Versets 3 à 5 :

« Que la lumière soit et la lumière fut. Allah vit que la lumière était bonne et sépara la lumière et les ténèbres.

Allah appela la lumière jour et les ténèbres nuit. Il y eut un soir et il y eut un matin : premier jour. »

 

La lumière qui parcourt l'univers est la résultante de réactions complexes qui se passent au niveau des étoiles, sur lesquelles on reviendra dans la troisième partie de ce livre. Or, à ce stade de la création, les étoiles ne sont pas encore formées, selon la Bible, puisque " les luminaires" du firmament ne sont cités dans la Genèse qu'au verset

14 comme une création du quatrième jour « pour séparer le jour de la nuit », " pour éclairer la terre ", ce qui est rigoureusement exact. Mais il est illogique de citer l'effet produit (la lumière) au premier jour, en situant la création du moyen de production de cette lumière (les « luminaires ») trois jours plus tard. De plus, placer au premier jour l'existence d'un soir et d'un matin est purement allégorique : le soir et le matin comme éléments d'un jour ne sont concevables qu'après l'existence de la terre et sa rotation sous l'éclairage de son étoile propre : le Soleil !

 

— Versets 6 à 8 :

" Allah dit : " Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux ", et il en fut ainsi. Allah fit le firmament qui sépara les eaux qui sont sous le firmament d'avec les eaux qui sont au-dessus du firmament, et Allah appela le firmament : ciel. Il y eut un soir et il y eut un matin : deuxième jour. "

 

Le mythe des eaux se poursuit ici avec la séparation de celles-ci en deux couches par un firmament qui, dans le récit du Déluge, va laisser passer les eaux du dessus qui vont se déverser sur la terre. Cette image d'une scission des eaux en deux masses est scientifiquement inacceptable.

 

Versets 9 à 13 :

 

" Allah dit : " Que les eaux qui sont sous le ciel s'amassent en une seule masse et qu'apparaisse le continent " et il en fut ainsi. Allah appela le continent " terre " et la masse des eaux " mer " et Allah vit que cela était bon. »

 

" Allah dit : " Que la terre verdisse de verdure : des herbes portant semence selon leur espèce, des arbres donnant selon leur espèce des fruits contenant leur semence ", et Allah vit que cela était bon. Il y eut un soir et un matin : troisième jour. »

 

Le fait qu'à une certaine époque de l'histoire de la terre, alors que celle-ci était recouverte d'eau, des continents aient émergé est tout à fait acceptable scientifiquement. Mais qu'un règne végétal très organisé avec une reproduction par graine soit apparu avant qu'il existât un soleil (ce sera, dit la Genèse, pour le quatrième jour) et que s'établisse l'alternance des jours et des nuits est tout à fait insoutenable.

 

-Versets 14 à 19 :

 

" Allah dit : " Qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour et la nuit ; qu'ils servent de signes, tant pour les fêtes que pour les jours et les années ; qu'ils soient des luminaires au firmament du ciel pour éclairer la terre. " Et il en fut ainsi. Allah fit les deux luminaires majeurs : le grand luminaire comme puissance du jour et le petit luminaire comme puissance de la nuit, et les étoiles. Allah les plaça au firmament du ciel pour éclairer la terre, pour commander au jour et à la nuit, pour séparer la lumière et les ténèbres, et Allah vit que cela était bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : quatrième jour. »

 

Ici, la description de l'auteur biblique est acceptable. La seule critique que l'on peut faire à ce passage est la place qu'il occupe dans l'ensemble du récit. Terre et Lune ont émané, on le sait, de leur étoile originelle, le Soleil.

Placer la création du Soleil et de la Lune après la création de la Terre est tout à fait contraire aux notions les plus solidement établies sur la formation des éléments du système solaire.

 

-Versets 20 à 23 :

 

" Allah dit : " Que les eaux grouillent d'un grouillement d'êtres vivants et des oiseaux volent au-dessus de la terre contre le firmament du ciel ", et il en fut ainsi. Allah créa les grands serpents de mer et tous les êtres vivants qui glissent et qui grouillent dans les eaux selon leur espèce, et toute la gent ailée selon son espèce, et Allah vit que cela était bon. Allah les bénit et dit : " Soyez féconds, multipliez, emplissez l'eau des mers et que les oiseaux se multiplient sur la terre. " Il y eut un soir et il y eut un matin : cinquième jour. »

 

Ce passage contient des assertions inacceptables.

 

L'apparition du règne animal se fait, dit la Genèse, d'abord à partir des animaux marins et des oiseaux. Selon le récit biblique, c'est seulement le lendemain — on le verra dans les versets suivants — que la terre elle-même va être peuplée d'animaux.

 

Certes, l'origine de la vie est marine : on envisagera cette question dans la troisième partie du livre. A partir de là, la terre fut, si l'on peut dire, colonisée par le règne animal et c'est d'animaux vivant à la surface du sol, une classe particulière de reptiles appelés " pseudo-suchiens " qui vivaient à l'ère secondaire, que proviennent — pense-t-on — les oiseaux ; de nombreux caractères biologiques communs à ces deux classes autorisent cette déduction. Or, les animaux terrestres ne sont mentionnés par la Genèse qu'au sixième jour, après l'apparition des oiseaux. Cet ordre d'apparition des animaux terrestres et des oiseaux n'est donc pas acceptable.

 

Versets 24 à 31 :

 

"Allah dit: "Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, bestioles, bêtes sauvages selon leur espèce ", et il en fut ainsi. Allah fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce, et toutes les bestioles du sol selon leur espèce, et Allah vit que cela était bon. »

 

"Allah dit : " Faisons l'homme à notre image comme notre ressemblance, et qu'ils dominent (sic) sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. "

 

"Allah créa l'homme à son image, à l'image d'Allah, il le créa, homme et femme il les créa. »

 

Allah les bénit et leur dit : " Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre. " Allah dit : " Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence ; ce sera votre nourriture. A toutes les bêtes sauvages, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui rampe sur la terre et qui est animé de vie, je donne pour nourriture toute la verdure des plantes ", et il en fut ainsi : Allah vit

tout ce qu'il avait fait : cela était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour. »

 

C'est la description de l'achèvement de la création dans lequel l'auteur énumère toutes les créatures vivantes non mentionnées précédemment et évoque les subsistances diverses mises à la disposition des hommes et des animaux.

L'erreur, on vient de le voir, est d'avoir placé l'apparition des animaux terrestres après celle des oiseaux. Mais l'apparition de l'homme sur la terre est située correctement après l'apparition des autres classes d'êtres vivants.

 

-Le récit de la création s'achève par les trois premiers versets du chapitre 2 :

 

"Ainsi furent achevés le ciel et la terre avec toute leur armée (sic). Allah conclut au septième jour l'ouvrage qu'il avait fait et, au septième jour, il chôma, après tout l'ouvrage qu'il avait fait. Allah bénit le septième jour et le sanctifia, car il avait chômé après tout son ouvrage de création. Telle fut la genèse du ciel et de la terre, lorsqu'ils furent créés. "

 

Ce récit du septième jour appelle des commentaires.

 

D'abord sur le sens des mots. Le texte est celui de la traduction de l'Ecole biblique de Jérusalem. « Armée » signifie ici la multitude des êtres créés, selon toute probabilité. Quant à l'expression, « il chôma », c'est la manière du directeur de l'Ecole biblique de Jérusalem de traduire le mot hébreu " chabbat ", qui veut dire très exactement : «; il se reposa », d'où le jour de repos juif qui est transcrit en français par « sabbat ».

 

Il est bien évident que ce « repos » que Allah aurait pris après avoir effectué un travail de six jours est une légende, mais elle a une explication. Il ne faut pas oublier que le récit de la création examiné ici est de tradition appelée sacerdotale, écrit par les prêtres ou scribes, héritiers spirituels d'Ezéchiel, le prophète de l'exil à

Babylone, au VIe siècle avant J.-C. On sait que ces prêtres ont repris les versions yahviste et élohiste de la Genèse, les ont remodelées à leur guise, selon leurs préoccupations propres, dont le R. P. de Vaux a écrit que le caractère » légaliste » était essentiel. On en a donné plus haut un aperçu.

 

Alors que le texte yahviste de la création, de plusieurs siècles antérieur au texte sacerdotal, ne fait aucune mention du sabbat d'Allah, fatigué de son travail de la semaine, l'auteur sacerdotal l'introduit dans son récit. Il divise celui-ci en jours, avec le sens très précis de jours de la semaine, et l'axe sur ce repos sabbatique qu'il faut justifier aux yeux des fidèles en soulignant que Allah le premier l'a respecté. A partir de cette nécessité pratique, le récit de la création est conduit avec une apparente logique religieuse, mais d'une manière que les données de la science permettent de qualifier de fantaisiste.

 

Cette intégration dans le cadre d'une semaine des phases successives de la création voulue par l'auteur sacerdotal, dans un but d'incitation à l'observance religieuse, n'est pas défendable du point de vue scientifique. On sait parfaitement, de nos jours, que la formation de l'univers et de la terre, qui sera traitée dans la troisième partie du livre, à propos des données coraniques concernant la cré

ation, s'est effectuée par étapes s'étalant sur des périodes de temps extrêmement longues dont les données modernes ne permettent pas de définir la durée même approximativement. Même si le récit s'achevait au soir du 6" jour et ne comportait pas la mention du 7e jour du "

 

 

 

Sabbat " où Allah se serait reposé, même si, comme pour le récit coranique, on était autorisé à considérer qu'il s'agit en fait de périodes non définies plutôt que de jours à proprement parler, le récit sacerdotal n'en resterait pas moins inacceptable, car la succession de ses épisodes est en contradiction formelle avec des notions scientifiques élémentaires.

 

Ainsi le récit sacerdotal de la création apparaît comme une ingénieuse construction Imaginative qui avait un objectif tout autre que celui de faire connaître la vérité.

 

DEUXIÈME RÉCIT

 

Le deuxième récit de la création contenu dans la Genèse, qui fait suite sans transition et sans commentaires au récit précédent, ne prête pas aux mêmes critiques.

 

Rappelons que ce récit est de date beaucoup plus ancienne, de trois siècles environ. Il est très court. Il s'étend davantage sur la création de l'homme et du paradis terrestre que sur la création de la terre et du ciel, qu'il évoque très succinctement : " Au temps où Yahvé Allah fit la terre et le ciel, il n'y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n'avait encore poussé, car Yahvé Allah n'avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n'y avait pas d'homme pour cultiver le sol. Toutefois, un flot montait de terre et arrosait toute la surface du sol. Alors Yahvé modela l'homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une baleine de vie et l'homme devint un être vivant. » (Chap. 2, 4b-7.)

 

Tel est le récit dit yahviste qui figure dans les textes des Bibles que nous possédons actuellement. Ce récit, auquel a été adjoint plus tard le récit sacerdotal, était-il initialement aussi court ? Nul ne pourrait dire si le texte yahviste n'a pas été amputé au cours des temps, nul ne pourrait dire si les quelques lignes que nous possédons représentent bien tout ce que pouvait contenir le texte le plus ancien de la Bible sur la création.

 

Ce récit yahviste ne mentionne pas la formation de la terre à proprement parler, ni celle du ciel. Il laisse entendre qu'au moment où Allah créa l'homme, il n'y avait pas de végétation terrestre (il n'avait pas encore plu), bien que les eaux, venant de terre, aient recouvert la surface du sol. La suite du texte en donne confirmation : Allah plante un jardin en même temps que l'homme est créé. Ainsi donc, le règne végétal apparaît en même temps que l'homme sur la terre, ce qui est scientifiquement inexact : l'homme est apparu sur la terre alors que depuis fort longtemps celle-ci était porteuse d'une végétation, bien que l'on ne saurait dire combien de centaines de millions d'années se sont passées entre les deux événements.

 

Telle est la seule critique que l'on peut faire au texte yahviste : ne situant pas dans le temps la création de l'homme par rapport à la formation du monde et de la terre, que 5e texte sacerdotal place dans la même semaine, il échappe à une critique grave qui s'adressait à ce dernier.

 

Date de la création du monde et date de l'apparition de l'homme sur la terre

 

Etabli conformément aux données de l'Ancien Testament, le calendrier juif situe ces dates avec précision : la seconde partie de l'année chrétienne 1975 correspond au début de la 5 736e année de la création du monde. L'homme, dont la création lui est de quelques jours postérieure, possède donc la même ancienneté chiffrée en années par le calendrier juif.

 

Il est certes une correction à faire en raison des calculs du temps qui s'exprimait initialement en années lunaires, alors que le calendrier occidental est fondé sur les années solaires. Mais la correction de 3 % qui serait à effectuer si l'on voulait être absolument exact, est de bien peu d'importance. Pour ne pas compliquer les calculs, il est préférable de s'en abstenir. Ce qui compte ici, c'est un ordre de grandeur et peu importe si le chiffre d'années d'un millénaire est calculé avec une marge d'erreur de trente ans. Pour être plus près de la vérité, disons que l'on situe dans cette évaluation hébraïque la création du monde à environ trente-sept siècles avant J.-C.

 

Que nous apprend la science moderne ? Il serait bien difficile de répondre en ce qui concerne la formation de l'univers. Tout ce que l'on peut chiffrer est l'époque de la formation du système solaire qui est, elle, susceptible d'être située dans le temps avec une approximation satisfaisante. On évalue à quatre milliards et demi d'années le temps qui nous en sépare. On mesure donc la marge qui sépare la réalité aujourd'hui bien établie (sur laquelle on s'étendra dans la troisième partie de cet ouvrage) avec les données extraites de l'Ancien Testament. Elles découlent de l'examen minutieux du texte biblique. La Genèse fournit des indications très précises sur le temps écoulé entre Adam et Abraham. Pour la période allant d'Abraham à l'ère chrétienne, les renseignements fournis ne sont pas suffisants. Il faut les compléter par d'autres sources.

 

2. D'ABRAHAM À L'ERE CHRETIENNE.

 

La Bible ne fournit pour cette période aucun renseignement chiffré susceptible de conduire à des évaluations aussi précises que celles de la Genèse pour les ascendants d'Abraham. Pour évaluer le temps qui sépare Abraham de Jésus, il faut recourir à d'autres sources. On situe actuellement l'époque d'Abraham dix-huit siècles environ avant J.-C., avec peu de marge d'erreur. Cette donnée, combinée aux indications de la Genèse sur l'intervalle séparant Abraham d'Adam amènerait à situer Adam environ trente-huit siècles avant Jésus. Cette évaluation est incontestablement fausse : son inexactitude vient de l'erreur contenue dans la Bible sur la durée de la période

Adam-Abraham, sur laquelle la tradition juive se fonde toujours pour établir son calendrier. De nos jours, on peut opposer aux défenseurs traditionnels de la vérité biblique l'incompatibilité avec les données modernes de ces évaluations fantaisistes des prêtres juifs du VIe siècle avant J.-C. Ces évaluations ont servi de base, pendant de longs siècles, à la situation dans le temps, par rapport à Jésus, des événements de l'Antiquité.

 

Des bibles éditées avant l'époque moderne présentaient couramment aux lecteurs, en un avant-propos explicatif, la chronologie des événements qui s'étaient déroulés depuis la création du monde jusqu'à l'époque où ces livres étaient édités ; les chiffres variaient un peu selon les époques. Par exemple, la Vulgate clémentine de 1621 donnait de telles indications, situant toutefois Abraham un peu plus tôt et plaçant la création au xl" environ avant

J.-C. La bible polyglotte de Walton, éditée au XVIIe siècle, offrait au lecteur, en dehors des textes bibliques en plusieurs langues, des tableaux analogues à celui établi ici pour les ascendants d'Abraham. A peu de chose près, toutes les évaluations concordaient avec les chiffres avancés ici. Quand vint l'époque moderne, il ne fut plus possible à l'éditeur de maintenir de telles chronologies fantaisistes sans être en opposition avec les découvertes scientifiques qui plaçaient la création à une époque bien antérieure. On se contenta de supprimer de tels tableaux et avant-propos, mais on se garda bien d'avertir le lecteur de la caducité des textes bibliques sur lesquels on s'était fondé auparavant pour rédiger de telles chronologies et qu'on ne pouvait plus considérer comme exprimant la vérité. On préféra jeter sur eux un voile pudique et trouver des formules de savante dialectique pour faire accepter le texte tel qu'il était jadis, sans aucune soustraction. C'est ainsi que les généalogies du texte sacerdotal de la Bible se trouvent toujours en honneur, alors qu'on ne peut raisonnablement plus, au xxe siècle, compter le temps en se fondant sur une telle fiction.

 

Quant à la date d'apparition de l'homme sur la terre, les données scientifiques modernes ne permettent de la définir qu'au-delà d'une certaine limite. On peut être convaincu que l'homme existait bien sur la terre, avec sa capacité d'intelligence et d'action qui le différencie d'êtres vivants qui paraissent anatomiquement voisins, postérieurement à une date évaluable, mais personne ne peut situer de façon précise sa date d'apparition. On peut affirmer toutefois aujourd'hui que des vestiges d'une humanité pensante et agissante en tant que telle ont été retrouvés, dont l'ancienneté se calcule par unités de l'ordre de la dizaine de milliers d'années.

 

Cette datation approximative se rapporte au type humain préhistorique découvert comme étant le plus récent, du genre néo-anthropien (homme de Cro-Magnon). Certes, d'autres mises au jour de restes apparemment humains ont été faites en de multiples points de la terre, concernant des types moins évolués (paléo-anthropiens) dont l'ordre de grandeur d'ancienneté pouvait être la centaine de milliers d'années. Mais sont-ils des hommes authentiques ?

 

Quoi qu'il en soit, les données scientifiques sont suffisamment précises concernant les néo-anthropiens pour les situer très au-delà d'une époque où la Genèse situe les premiers hommes. Il y a donc incompatibilité manifeste entre ce que l'on peut déduire des données numériques de la Genèse quant à la date d'apparition de l'homme sur la terre et les connaissances scientifiques les mieux établies de notre temps.

 

Le Déluge

 

Les chapitres 6, 7 et 8 de la Genèse sont consacrés au récit du Déluge. Plus exactement, il y a deux récits non pas placés côte à côte, mais dissociés en des passages intriqués les uns dans les autres avec une apparence de cohérence dans la succession des divers épisodes. Il y a en réalité dans ces trois chapitres des contradictions flagrantes; ici encore, elles s'expliquent par l'existence de deux sources nettement distinctes : la source yahviste et la source sacerdotale.

 

On a vu plus haut qu'elles formaient un amalgame disparate; chaque texte original a été découpé en paragraphes ou en phrases, les éléments d'une source alternant avec les éléments de l'autre source, de sorte qu'on passe pour tout le récit d'une source à l'autre dix-sept fois en cent lignes environ de texte français.

 

Le récit est, dans son ensemble, le suivant :

 

La perversion des hommes étant devenu générale, Allah décide de les anéantir avec toutes les autres créatures vivantes. Il prévient Noé et lui ordonne de construire l'Arche où il fera entrer sa femme, ses trois fils et leurs trois femmes, ainsi que d'autres (très vivants. Pour ces derniers, les deux sources diffèrent : un passage du récit (il est d'origine sacerdotale) indique que Noé prendra un couple de chaque espèce ; puis, dans le passage suivant (il est de source yahviste), on précise que Allah ordonne de prendre — pour les animaux dits purs — sept de chaque espèce mâle et femelle et — pour les animaux dits impurs — une seule paire. Mais, un peu plus loin, il est précisé que Noé ne fera entrer effectivement dans l'arche qu'un couple de chacun des animaux. Les spécialistes, comme le R. P. de Vaux, affirment qu'il s'agit ici d'un passage du récit yahviste remanié.

 

Un paragraphe (il est d'origine yahviste) indique que l'agent du Déluge est l'eau de pluie mais, dans un autre (d'origine sacerdotale), la cause du Déluge est présentée comme double : eau de pluie et sources terrestres.

 

La terre entière fut submergée jusque et au-dessus du sommet des montagnes. Toute vie y fut anéantie. Après une année, Noé sortit de l'arche qui s'était posée sur le mont Ararat après la décrue.

 

Ajoutons encore que, selon les sources, le Déluge a une durée différente : quarante jours de crue pour le récit yahviste, cent cinquante jours pour le récit sacerdotal.

 

Le récit yahviste ne précise pas à quelle date se plaça l'événement dans la vie de Noé, mais le récit sacerdotal le situe alors que Noé aurait eu six cents ans. Ce même récit donne des indications, par ses généalogies, sur sa localisation par rapport à Adam et par rapport à Abraham. Noé étant né, selon les calculs faits d'après les indications de la Genèse, 1 056 ans après Adam (voir le tableau des ancêtres d'Abraham), le Déluge a donc eu lieu 1 656 ans après la création d'Adam. Par rapport à Abraham, la Genèse situe le déluge 292 ans avant la naissance de ce patriarche.

 

Or, selon la Genèse, le Déluge aurait intéressé tout le genre humain, et tous les êtres vivants créés par Allah auraient été anéantis sur la terre ; l'humanité se serait reconstituée à partir des trois fils de Noé et de leurs femmes d'une manière telle que lorsque, trois siècles environ plus tard, naîtrait Abraham, celui-ci trouverait une humanité reformée en sociétés. Comment, en si peu de temps, cette reconstitution aurait-elle pu se produire? Cette simple constatation enlève au récit toute vraisemblance.

 

Qui plus est, les données historiques démontrent son incompatibilité avec les connaissances modernes. En effet, on situe Abraham dans les années 1800-1850 avant J.-C. Si le Déluge avait eu lieu, comme la Genèse le suggère par ses généalogies, trois siècles environ avant Abraham, il faudrait le placer vers le xxie ou XXIIe siècle avant

J.-C. C'est l'époque où — les connaissances historiques modernes permettent de l'affirmer — ont déjà fleuri en plusieurs points de la terre des civilisations dont les vestiges sont passés à la postérité.

 

C'est, par exemple pour l'Egypte, la période qui précède le Moyen Empire (2100 avant J.-C.), approximativement la date de la première période intermédiaire avant la onzième dynastie. C'est, en Babylonie, la troisième dynastie d'Ur. Or, on sait parfaitement qu'il n'y eut pas d'interruption dans ces civilisations, donc pas d'anéantissement intéressant toute l'humanité comme la Bible le voudrait.

 

On ne peut pas par conséquent considérer les trois récits bibliques comme apportant aux hommes une relation des faits conforme à la vérité. Force est d'admettre, si l'on est objectif, que les textes en question parvenus jusqu'à nous ne représentent pas l'expression de la réalité. Allah aurait-il pu révéler autre chose que la vérité ? On ne peut concevoir, en effet, l'idée d'un Allah instruisant les hommes à l'aide de fictions et, qui plus est, de fictions contradictoires. On en vient alors tout naturellement à soulever l'hypothèse d'une altération par les hommes ou

 

 

bien des traditions verbalement transmises de génération en génération, ou bien des textes après fixation de ces traditions. Lorsqu'on sait qu'un ouvrage comme la Genèse a été remanié au moins à deux reprises, et cela sur trois siècles, comment s'étonner d'y trouver des invraisemblances ou des récits incompatibles avec la réalité des choses depuis que les progrès des connaissances humaines ont permis, sinon de tout savoir, du moins de posséder de certains événements une connaissance suffisante pour que l'on puisse juger du degré de compatibilité avec elle de récits anciens les concernant. Quoi de plus logique que de s'en tenir à cette interprétation des erreurs des textes bibliques qui ne mettent en cause que des hommes ? Il est regrettable qu'elle ne soit pas retenue par la majorité des commentateurs, aussi bien juifs que chrétiens. Néanmoins, les arguments invoqués par eux méritent de retenir l'attention.

 

Suite

La Bible face à la Science moderne

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  • : LE NOUVEL ORDRE MONDIAL ILLUMINATI / DEPUIS JANVIER 2010
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